Un directeur de radio et programmateur pose cette question : « Il existe aujourd’hui beaucoup de débats autour de l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la musique chrétienne. Quel est votre point de vue sur les musiques chrétiennes générées par l’IA ? Selon vous, est-il approprié de les utiliser ou de les jouer dans une émission de radio confessionnelle ? »
Cette question, cruciale et d’actualité, est au cœur de nos préoccupations. Elle revêt une importance fondamentale pour nos choix techniques et pour notre mission en tant que médias chrétiens partageant la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.
Une intelligence qui travaille bien
En tant qu’auteur, j’ai souvent recours à l’intelligence artificielle comme outil de travail, ce qui m’a permis de découvrir ses capacités et ses limites. Lors de la rédaction de mes ouvrages sur la radio chrétienne, l’IA s’est révélée être une alliée précieuse. En effet, elle a démontré une efficacité impressionnante pour mener des recherches et améliorer la rédaction de mes textes, tant que ceux-ci restent dans le domaine technique. C’est un assistant précieux pour tout ce qui relève de la logique humaine et de la technique. Il ne faut toutefois pas lui confier la totalité d’un travail. L’IA doit rester à sa place d’assistante ; elle ne doit jamais devenir l’auteur.
Un résultat moins vivant
Beaucoup d’auteurs ont eu peur lors de son arrivée, mais les utilisateurs les plus technophiles ont pu mesurer ses limites dans les œuvres littéraires, comme les romans. C’est ce que j’ai expérimenté concrètement lors de l’écriture d’un ouvrage de réflexion spirituelle sur la vie du roi David. Pour ce type d’ouvrage qui touche au cœur, à la foi et à la marche avec Dieu, j’ai ressenti une insatisfaction totale face à l’IA. Pourquoi ? Parce que son style d’écriture est resté désespérément plat, mécanique et dénué de l’étincelle divine que l’on appelle l’onction. L’IA peut imiter la forme d’un commentaire biblique, mais elle est incapable de retransmettre ce que j’ai découvert dans l’enseignement que j’ai reçu de Dieu au travers de ma lecture biblique sur la vie de cet important leader d’Israël.
Il en est exactement de même pour la musique chrétienne, et c’est la raison pour laquelle nous devons poser des barrières claires.
Une théologie parfaite, mais un « airain
qui résonne »
Une théologie parfaite, mais un « airain qui résonne »
Sur le plan purement intellectuel et mélodique, les morceaux créés par l’intelligence artificielle (IA) actuelle atteignent un niveau de perfection. En effet, grâce à l’accès qu’elle a à une quantité phénoménale de données, notamment des textes théologiques, des hymnes et des sermons numérisés, l’IA possède une connaissance encyclopédique impressionnante. Elle est capable de composer des paroles théologiquement impeccables, sans aucune hérésie, et de les associer à une musique technique de haute qualité.
L’apôtre Paul nous met en garde « si je parlais les langues des hommes et même celles des anges, mais sans avoir l’amour, je ne serais rien de plus qu’une trompette claironnante ou une cymbale bruyante » 1 Corinthiens 13 : 1
L’intelligence artificielle ne connaît pas l’amour. Elle n’a ni la vie ni la capacité de ressentir de l’amour de la part de Dieu ou de l’aimer en retour. Une véritable chanson chrétienne, celle qui brise les chaînes et console les cœurs, ne se nourrit pas seulement de théologie théorique apprise par cœur. Elle puise son inspiration dans les expériences profondes, les larmes nocturnes, les luttes spirituelles et la relation authentique de l’auteur avec son Seigneur. La technologie peut imiter l’onction, mais elle ne peut pas la créer.
Sagesse humaine figée versus Le Chemin, la Vérité et la Vie
Dans l’Évangile de Jean, Jésus proclame : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » Jean 14:6. Si l’on compare le fonctionnement de l’intelligence artificielle à cette affirmation, on perçoit instantanément l’abîme spirituel qui nous sépare d’elle :
- L’IA n’est pas le chemin. Sa force et sa connaissance reposent uniquement sur la sagesse humaine passée : celle qu’on a déjà produite et mise sous forme numérique. L’intelligence artificielle analyse en permanence les éléments précédents pour prédire le mot ou la note suivants. Elle ne peut pas nous conduire vers l’avenir, comme Jésus, qui nous trace un chemin nouveau tous les jours.
- Sa vérité est seulement humaine : elle représente un reflet de notre nature humaine, avec toutes ses imperfections, ses partialités et ses limites. De plus, elle fait encore face à des problèmes et à des approximations techniques (qui seront résolus grâce aux avancées technologiques de sa conception). Cependant, même après correction, elle restera une vérité horizontale et limitée, jamais verticale.
- Elle ne possède pas la vie : c’est une limite intrinsèque. L’IA, ce sont des algorithmes morts qui se dupliquent. Elle ne respire pas, elle ne naît pas de nouveau, elle n’est pas habitée par le Saint-Esprit.
L’attitude d’une radio chrétienne et des artistes ?
· Cette vague technologique ne doit pas nous éblouir, mais plutôt nous inciter à faire preuve de discernement.
· L’intelligence artificielle peut s’avérer être un outil utile en matière de production technique. Par exemple, elle peut être utilisée pour créer une toile sonore instrumentale (un bed) en arrière-plan d’un flash d’information, d’un indicatif d’émission ou d’un jingle court, sans soulever de préoccupations éthiques ou spirituelles majeures. Là, l’IA remplit son rôle d’outil technique, au même titre qu’un synthétiseur ou un logiciel de montage.
- En tant que directeurs de programmes ou animateurs d’une station chrétienne, notre responsabilité spirituelle consiste à évaluer ce qui entre dans la maison et dans l’esprit de nos auditeurs. Quand nous décidons de publier ou de diffuser un chant à l’antenne, la question ne doit pas être : « Est-ce que ce morceau est joli ou bien produit ? » La seule question qui importe est : « Est-ce que ce chant apporte la vie ? Est-ce qu’il prépare l’auditeur à marcher concrètement, côte à côte, avec Jésus ? » Si un chant n’est qu’un produit stérile de l’algorithme, il n’a pas sa place dans la programmation de la louange de nos stations.
- La responsabilité de l’artiste et du chantre. Les compositeurs et les chantres ne doivent pas se laisser aller à la paresse spirituelle en publiant intégralement ce que l’IA génère en un clic. Un artiste chrétien peut utiliser l’IA comme un assistant pour tester des structures, croiser plusieurs passages bibliques ou chercher des idées. Il doit cependant impérativement reprendre ce matériau brut, le passer au crible de sa propre prière, y ajouter sa sensibilité, son vécu, sa voix et sa touche humaine et spirituelle unique.







